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SIBEA-Jumbo : Un trou de 15 milliards provoque la faillite du fleuron familial


La Société industrielle burkinabé d’épices et d’aliments (SIBEA) continue toujours de défrayer la chronique. Cela fait bientôt 10 mois que les travailleurs de la dite société sont sans salaire. Et le bout du tunnel n’est pas pour demain. Parce que la société est au bord de la faillite. La raison ? Un trou d’environ 15 milliards de FCFA creusé en 5 ans sous le mandat du PDG Ali Remy Compaoré. Un rapport d’audit très salé vient de mettre en lumière le mode opératoire de cette gestion chaotique.

Dans Mutations N. 01 de septembre 2011, nous titrions « Affaire Sibea : Faillite préméditée et commanditée ? » pour relater comment cette société anonyme jadis prospère s’est retrouvée au bord du gouffre du fait d’une gestion calamiteuse orchestrée à dessein. En effet, suite à des difficultés financières, SIBEA a perdu la licence de la représentation de la marque « Jumbo » au profit de l’Entreprise commerciale du Faso (ECF) créée de toutes pièces en 2006 par l’ex PDG de SIBEA, Ali Compaoré. Dans les faits, ECF n’a pas fait que susciter la concurrence avec SIBEA dans la commercialisation des produits de la société espagnole Preparados Alimentacios S.A (PASA).

En effet, de 2006, -année de la création de ECF- à 2011, la SIBEA a enregistré des pertes énormes d’argent considérées comme des manque à gagner d’environ 15 milliards de FCFA selon des sources proches du dossier. Des techniques diverses avaient été développées et cela a contribué à mettre l’entreprise à genoux. C’est un véritable plan de liquidation qui a été exécuté d’une main de maître.

Le mode opératoire

Sous la responsabilité du PDG Ali Compaoré, la SIBEA vendait des produits à ECF sans toutefois encaisser l’argent ; au point que la nouvelle entreprise de l’ex PDG resterait redevable à SIBEA de près de 600 millions de Fcfa. Ce montant se révèle être le cumul sur une période de trois ans soit de 2009 à 2011. Si cette pratique n’est pas extraordinaire dans les affaires à cause des multiples contingences qui y surviennent, il faut noter aussi que la SIBEA était utilisée comme une vache à lait. Et Ali Compaoré n’hésitait pas à faire téter à satiété ECF. C’est le cas des contrats d’assurance de cette entreprise dont les frais étaient supportés par SIBEA. La facture remonte à une vingtaine de millions et les registres de l’Union des assurances du Burkina pourraient en dire plus sur ce volet.

A cela, il faut ajouter le transfert, voire le détournement des ressources humaines et matérielles de SIBEA pour le compte d’ECF. Une soixantaine de tricycles restent introuvable dans le parc de la société fondée par feu Compaoré Moussa en 1989. Il n’est donc pas exclu que tout ou partie de ces engins se retrouvent dans le patrimoine de ECF.

Le grand trou de la société a été creusé par le truchement des ventes dites parallèles. Cette pratique consistait à mettre en vente les produits Jumbo hors du circuit normal. Inutile de préciser que l’argent issu de ce système de commercialisation prenait des destinations autres que les caisses de SIBEA. Cette pratique qui frise l’arnaque a provoqué un manque à gagner de l’ordre de 14 milliards, dit-on. L’histoire de ces ventes parallèles a éclaté en août 2011 et elle a même déjà valu un bref séjour à la Maison d’arrêt et de correction de Ouaga de l’ancien chef des ventes, Compaoré Abdoul Razac. Ali Compaoré, l’ex-PDG qui a dirigé la boite de 1997 à 1999 en qualité de Président du Conseil d’administration et à partir de 2000 à avril 2011 comme PDG est fortement interpellé sur sa gestion parce qu’il a laissé une entreprise presqu’en ruine. Pourtant, ce fleuron de l’économie faisait bien la fierté de la famille de feu Moussa Compaoré et des autres actionnaires.

Nos multiples tentatives pour joindre l’ex PDG en vue d’avoir sa réaction éventuelle sur certaines informations à notre possession sont restées vaines. Aux dernières nouvelles, il serait actuellement hors du pays. Mais on aura remarqué que bien que le crime ait beaucoup profité à sa nouvelle société ECF, l’intéressé n’hésite pas à déclarer à qui veut l’entendre qu’il est clean et qu’il n’aurait rien à se reprocher. « J’ai dirigé cette société de 1997 à 1999 en qualité de Président du Conseil d’administration et à partir de 2000 à avril 2011 en qualité de président-directeur général, sans que ma gestion ait été une fois mise en cause, ni par les administrateurs ni par les organes de contrôle, encore moins par les délégués syndicaux », se défend t-il dans une correspondance datée du 9 novembre 2011 adressée au responsable syndical de SIBEA, Moumouni Boly et publiée par voie de presse.

Le calvaire des travailleurs

Ce syndicat des travailleurs vient de saisir le ministre en charge du Commerce et de l’Industrie ainsi que le premier ministre Luc Adolphe Tiao pour leur faire part du calvaire qu’ils vivent : 10 mois sans salaire avec tout ce qui va avec ! Visiblement à bout de souffle, les travailleurs projettent de marcher dans les jours à venir soit sur le ministère ou le palais de justice, soit sur la primature pour exprimer leur indignation. Et cela, si rien n’est fait pour sauvegarder leurs intérêts.

Touwendinda Zongo

MUTATIONS N. 8 de avril 2012, Mensuel burkinabé paraissant chaque 1er du mois (contact : Mutations.bf@gmail.com)

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