Baoyam API

La Chine face à la fin du «very low cost»

Pour des raisons autant politiques que démographiques, la deuxième économie mondiale a vu ses salaires fortement augmenter ces dernières années. Ce qui ne constitue pas forcément une menace immédiate pour son appareil productif.

En Chine, difficile d’y échapper : les hausses de salaires, longtemps considérées comme impensables dans un pays à la main d’oeuvre prétendument pléthorique, sont en pleine accélération. Les chefs d’entreprise, petites ou grandes, doivent s’adapter à cette nouvelle donne. Erminio Deodato, fondateur d’une société chinoise de signalétique, reconnaît qu’elles «se sont nettement accélérées depuis deux ou trois ans» au point que «pour les métiers d’encadrement, la paye des Chinois est aujourd’hui comparable à celle des occidentaux». Yannig Gourmelon, qui conduit des projets de stratégie pour Roland Berger à Shanghai, croise régulièrement des groupes internationaux confrontés à cette problématique «dans des secteurs d’activité où la question de la masse salariale était jusqu’à récemment négligeable».
Les chiffres officiels parlent d’eux-mêmes. Alors que le salaire moyen annuel était équivalent à 1.050 dollars américains au début du siècle, il se situait à 5.500 dollars en 2010. Ce qui fait dire à Dariusz Kowalczyk, économiste chez Crédit Agricole CIB, que «le taux de change du yuan s’est apprécié beaucoup plus nettement en termes réels qu’en termes nominaux». Autrement dit, si, encore aujourd’hui, il faut plus de 6 yuans pour obtenir un dollar, il faut surtout de plus en plus de yuans pour acheter la même marchandise.

La nouvelle génération de Chinois moins docile
Deux facteurs sont à l’oeuvre. Le premier est la loi de l’offre et de la demande. Un peu partout, on manque de bras. Dans la province centrale du Hubei par exemple, 600.000 travailleurs font officiellement défaut. Et cette année, le retour des travailleurs migrants dans les provinces côtières après les festivités du nouvel an chinois a été particulièrement lent, au point d’inquiéter un temps les autorités. La démographie y est pour beaucoup : sept travailleurs migrants sur dix auraient moins de trente ans. Une génération qui n’a pas connu les heures sombres du maoïsme et refuse de plus en plus de se plier aux conditions de travail que tolérait docilement la précédente. Le second facteur, «peut-être le plus important» selon Dariusz Kowalczyk, est politique. Pékin pilote ces hausses de salaires qui présentent un double avantage. Elles permettent d’augmenter le pouvoir d’achat des ménages et la consommation dans une période où le moteur exportateur bat de l’aile. Et elles constituent une nouvelle source de légitimité pour un régime dont la stabilité tient, depuis trente ans, à ses succès économiques.
Reste à savoir si Pékin est en train de scier la branche sur laquelle il est assis. La compétitivité de la Chine est-elle menacée ? Certains groupes réduisent la voilure dans le pays. Le producteur américain de sacs Coach, emboîtant le pas à Esprit ou Canon, a annoncé un plan sur cinq ans pour faire passer de 85% à moins de 50% la part de sa production localisée dans la deuxième économie mondiale. Et les groupes chinois eux-mêmes transfèrent certaines activités à faible valeur ajoutée, comme le textile et l’habillement, au Vietnam ou au Bangladesh.
L’ampleur du phénomène reste toutefois raisonnable. Car pour l’instant, les provinces centrales de la Chine constituent une alternative presque aussi séduisante en termes de prix, d’autant que les autres pays émergents de la région connaissent aussi de fortes hausses de salaires. Sans compter que dans bien des domaines, l’infrastructure industrielle chinoise apparaît imbattable. Plus encore, les hausses de productivité semblent avoir compensé, pour l’instant, l’envolée des salaires. Ce que la Chine perd en coût du travail, elle le regagne en efficacité. D’où l’impératif de constamment monter en gamme.

GABRIEL GRÉSILLON, CORRESPONDANT À PÉKIN
Source : lesechos.fr

Lien Permanent pour cet article : http://www.burkina-faso.biz/voir/la-chine-face-a-la-fin-du-very-low-cost/

Laisser un commentaire

Extension Factory Builder