Crise à la BRAKINA : C’est le fameux transport unique qui coince

BRAKINA


L’auteur du point de vue ci-dessous revient sur la crise que traverse la Brakina. En plus de quelques boissons qui, selon lui, bien qu’appréciées des Burkinabè, manquent sur la place du marché, il y a un autre problème de transport unique qui fait grincer les dents.

Le Burkina Faso fait partie des pays les plus pauvres au monde. Il fait face à des contraintes majeures dans le développement des capacités de production et n’est pas encore en mesure de tirer les bénéfices de la mondialisation et des flux d’investissement étranger direct. Son enclavement, les problèmes d’infrastructures et la faiblesse du capital humain sont des contraintes importantes au développement du secteur privé. Le pays est encore essentiellement rural et agricole, et les industries de transformation et les services (hors administration publique) sont peu développés. Une grande partie de la population s’adonne, en plus de l’agriculture et de l’élevage, au commerce de marchandises diverses.

Au Burkina Faso, les activités du tertiaire, composées du commerce, de l’apport des administrations publiques comme privées, des services de prestations intellectuelles contribuent pour près de 50% au PIB. Les Brasseries du Burkina (BRAKINA) se présentent depuis des années déjà comme une entreprise porteuse dans le paysage économique burkinabè. Cette brasserie produit des boissons (alcoolisées et sucrées) bien appréciées des Burkinabè. Les bières les plus appréciées des Ouagalais sont : SOBBRA (bière locale), BRAKINA (bière locale), Flag et Guinness (bières que tout le monde connaît), Beaufort et j’en passe. Bien que l’eau soit la boisson la plus répandue, les boissons citées plus haut sont beaucoup consommées dans les villes comme dans les campagnes.

Si la BRAKINA a, dans le passé, su satisfaire la population burkinabè en boissons, aujourd’hui, cette même société est confrontée à un problème de rupture fréquente. C’est le cas par exemple des produits tels : SOBBRA, Guinness, Coca Cola, Fanta. Ce sont pourtant des produits bien appréciés par les Burkinabè. L’année dernière, les premiers responsables de l’usine avaient justifié ces ruptures par le manque d’emballages et avaient pris des mesures pour que tout rentre dans l’ordre. Le constat est toujours le même une année après. Les Ouagalais, pour ne pas dire le Burkinabè, cherchent toujours les raisons de ces ruptures. Certains détenteurs de débit de boissons (bars, buvettes, maquis…) s’en prennent à leurs fournisseurs que sont les grossistes (détenteurs de cave).

On se pose alors la question : la société (BRAKINA) a-t-elle réellement résolu le problème d’emballages pour la production suffisante de boissons pour la population ? Ou les responsables avaient utilisé le motif d’emballages comme prétexte pour calmer les ardeurs des grossistes et des détenteurs des débits de boissons ? Les consommateurs attendent toujours et espèrent que ce problème de rupture sera rapidement résolu. S’il y a un autre problème à l’usine (BRAKINA) qui suscite l’attention de tous, c’est ce fameux projet de « transporteur unique ». Pour les novices, ce projet consiste à desservir tous les grossistes de la ville de Ouagadougou et du Burkina entier par un et un seul distributeur (une et une seule personne). Et de quel distributeur s’agit-il ? Suivez mon regard.

Ce projet serait bien si on était à l’état initial de l’usine. Mais après plusieurs années, les différents grossistes ont, à la sueur de leur front, acquis des remorques, recruté des employés (chauffeurs et apprentis) qui, depuis des années, travaillent avec eux. Il serait donc difficile voire inadmissible que ces grossistes leur disent au revoir parce qu’un puissant homme veut leur imposer un transport unique. A supposer que le transport unique venait à être accepté par les grossistes, les questions suivantes méritent alors d’être posées : Que feront-ils de leurs camions ? (certainement les revendre à celui qui en a besoin) Que feront-ils de leurs employés (chauffeurs et apprentis) ?

Quand nous pensons que plus de 80% des chauffeurs et apprentis sont mariés, ont des enfants dont certains sont à l’école et comptent sur le soutien financier de leurs parents pour poursuivre leurs études ; Quand nous pensons que la plupart de ces chauffeurs et apprentis n’ont pas fait l’école et qu’ils ont obtenu leur emploi par la force des choses ; Quand nous savons que le marché de l’emploi est saturé et qu’il est difficile, même très difficile pour un diplômé d’obtenir du travail, a fortiori les non-diplômés et les illettrés ; Quand nous savons qu’aujourd’hui, l’individualisme a pris le dessus des choses dans nos villes voire dans nos campagnes et qu’on a du mal à tendre la main à son petit frère sa petite sœur ; Quand nous savons que Ouagadougou compte plus de 110 cavistes et que chaque caviste dispose d’au moins deux camions de transport pour le servir en boissons, et que pour chaque camion, il faut deux personnes (un chauffeur et un apprenti) on fait rapidement un petit calcul :

2 X 2 font 4 personnes au moins par caves ; 4 X 110 font 440 personnes au moins pour la seule ville de Ouagadougou. Si 80% de ce personnel est marié, on a 80% X 440, ce qui fait 352 épouses. Si chaque couple a au moins deux enfants, on se retrouve facilement à plus de mille (1 400) personnes qui se retrouveront du jour au lendemain sans nourriture parce que le chef de famille ne travaille plus.

Quand nous savons que dans la plupart des services burkinabè (publics comme privés), le salaire du personnel ne leur permet pas d’épargner parce qu’insuffisant pour couvrir les besoins mensuels ; Quand nous savons que le président du Faso himself prône la création d’emplois et que le ministère de la Jeunesse, de la formation professionnelle et de l’emploi en fait son plan de bataille. Nous demandons à la BRAKINA de surseoir à ce projet afin d’épargner la famine à cette frange de la population déjà affamée. Les cavistes ont rejeté en bloc le projet depuis son début ; mais la BRAKINA s’est entêtée et continue parce que force lui revient.

Ce n’est pas seulement aux grossistes que vous vous en prenez, mais aussi à un millier de personnes qui seront obligées de passer de porte en porte pour chercher de quoi subvenir à leurs besoins. Monsieur Marc Pozmentier, vous avez probablement l’accord du ministère du commerce, parce que l’année dernière, vous affirmiez : « Ce changement ne se fera pas de sitôt, et les associations ont commencé tant avec le ministère du Commerce qu’avec les grossistes et tout se fera dans le dialogue et la cohésion.  » (Le Pays du 11/03/2011).

Que s’est-il réellement passé si aujourd’hui on est en sens unique ? Vous êtes prêts à mettre en application ce projet alors que les grossistes le rejettent toujours. Nous demandons aux premiers responsables de notre cher Faso de plaider en faveur des cavistes afin que ce projet de transport unique soit annulé. La vie est déjà chère et on n’arrive pas à s’en sortir. Qu’adviendra-t-il si toutefois plus de 440 personnes venaient à être remerciées dans cette ville de Ouagadougou. Les efforts individuels des cavistes ne pourront amener la BRAKINA à renoncer à son projet. C’est pourquoi nous attirons l’attention du gouvernement afin qu’il se penche sur cette affaire et qu’une solution idoine soit trouvée.

Samuel BOUDA



Source : Le Pays

Lien Permanent pour cet article : http://www.burkina-faso.biz/voir/crise-a-la-brakina-cest-le-fameux-transport-unique-qui-coince/

Laisser un commentaire

Extension Factory Builder