Zamablog

Augmentation des prix des hydrocarbures : Des consommateurs entre surprise et réprobation

C’était annoncé depuis le discours sur la situation de la Nation, tenu le 29 mars 2012, par le Premier ministre. Il s’agit de l’augmentation des prix des hydrocarbures. Ainsi, les Burkinabè vont désormais débourser un surplus de 50 F CFA au moins sur la plupart des produits pétroliers tels que le super 91, le gasoil, le pétrole, etc. Si certains consommateurs disent ne pas être au courant de cette augmentation, ceux qui sont au fait de cette hausse la rejettent sous prétexte que les Burkinabè sont confrontés à la vie chère. Le secrétaire général du Syndicat national des gérants de station du Burkina, Issa Bambara, tout en abondant dans le même sens, déplore quant à lui la non – concertation de leur structure sur la fixation des prix des hydrocarbures.

« Au Burkina Faso, les prix des hydrocarbures peuvent baisser à condition que l’Etat supprime certaines taxes sur le consommateur », dixit Didier Dambré, secrétaire général adjoint du syndicat des gérants.

Le Premier ministre l’avait annoncé au cours de son discours sur la situation de la Nation le 29 mars 2012. « Il est indispensable de procéder, dans les meilleurs délais à une augmentation des prix du carburant à la pompe pour mieux refléter la réalité que le marché mondial impose à ce secteur », disait donc Luc Adolphe Tiao aux parlementaires. Depuis le 2 avril 2012, l’augmentation des prix est une réalité dans les stations à la surprise de bon nombre de consommateurs. Pourtant, le Premier ministre ajoutait en guise de réponse et d’explications aux députés que les négociations sont en cours et que pour l’instant, personne ne connaît ni l’ampleur de l’augmentation ni la période de son effectivité.

Un tour dans la capitale à Ouagadougou nous a permis de constater le niveau d’appréciation de l’effectivité de la hausse des prix des hydrocarbures à la pompe. « Cela ne me regarde pas, c’est mon avancement qui me préoccupe, je suis là pour ça », nous a répondu un citoyen rencontré au ministère des Enseignements secondaire et supérieur. Pour lui, que les prix augmentent ou pas, cela lui importe peu. A peine si l’équipe de reporters n’a pas été rabrouée. Quoiqu’on dise, un autre a voulu s’exprimer volontairement, Lassané Ouédraogo, inspecteur de l’enseignement du premier degré. Ce dernier est sans complexe face à la question : « vous venez de me l’apprendre ; j’ai pris le carburant ce matin mais sans faire attention à l’augmentation du prix. Mais, c’est vraiment aggraver la vie des Burkinabè. La vie est déjà chère et on continue de la renchérir pour nous, je me demande si l’on va s’en sortir.

Les salaires ont été augmentés et de combien, et voilà que le prix du carburant vient nous le récupérer. » Ben Larba Ouédraogo estime que le peuple entre dans un cycle duquel il ne va pas s’en sortir. Il pense que dès que le prix du carburant augmente, tous les autres secteurs sont automatiquement touchés. Il va d’ailleurs plus loin pour regretter que l’Etat ait décidé de baisser le prix des produits de première nécessité au temps fort de la crise et ne soit pas en mesure de faire exécuter cette décision.

Cette augmentation est inacceptable

Sophie Naya/Bambara, rencontrée devant le ministère des Enseignements secondaire et supérieur, s’est exclamée : « Je ne peux même pas apprécier un peu cette augmentation », écoeurée elle fait une proposition aux autorités. Selon elle, le gouvernement pouvait trouver une solution à cette augmentation en pensant à diminuer le train de vie de l’Etat. « Que le gouvernement diminue ses charges pour permettre à nous les pauvres de supporter les augmentations qu’on nous sert à tout vent », a-t-elle suggéré. Kalifa Bamba, fonctionnaire au MESS a lui aussi sa proposition. Pour lui, une augmentation de 50 F CFA de plus ne s’explique pas car pour lui, « l’Etat ayant pour mission de réguler le secteur pétrolier devait continuer de le subventionner pour aider les consommateurs ». Le syndicaliste estime que cela apparaît comme un devoir pour l’Etat.

En comparaison aux prix dans certains pays de la sous-région, le fonctionnaire Kalifa Bamba, dit ne pas comprendre que le Burkinabè paye plus cher le carburant que dans d’autres pays. « Le Mali traverse notre pays pour aller chercher le carburant dans les pays côtiers comme le Ghana et la Côte d’Ivoire mais là-bas, le carburant est moins cher que chez nous », a regretté le secrétaire général adjoint du syndicat national des gérants de station du Burkina, Didier Dambré. Au Burkina Faso, le carburant coûte cher parce qu’il existe un grand nombre de taxes sur le consommateur, contrairement au constat fait dans les autres pays de la sous-région rouspètent les gérants de stations. Les Burkinabè peuvent donc payer les hydrocarbures moins cher à condition que les taxes soient réduites, ajoutent-ils.

Les gérants de station souhaitent être associés à la fixation des prix

Si beaucoup ignorent l’entrée en vigueur de la mesure ou semblent surpris, il n’en est pas le cas pour les gérants de stations à essence. Ils sont les premiers à être informés. Ils subissent de plein fouet une augmentation qui, estiment-ils, est unilatérale. Car, Issa Bambara, secrétaire général du syndicat des gérants de stations du Burkina pense que sa structure devait être impliquée dans la fixation des marges, mais elle attend toujours. Quand il y a une augmentation des prix, les gérants devront revoir beaucoup de choses dans leur gestion. L’incidence de cette augmentation sur les gérants est négative, a, en sus, confié Issa Bambara. Cela s’explique par le fait que les habitudes de consommation des Burkinabè sont telles qu’ils demandent le carburant par le prix et non par la quantité.

« Avec l’augmentation des prix, nous sommes tenus d’aller chercher des fonds ailleurs pour venir ajouter afin de pouvoir faire nos commandes aussi, si nouvelles commandes il y a, vous êtes obligés d’ajouter 50 F afin de pouvoir faire cette commande-là ». Sur la question, ils expliquent qu’il s’agit d’une augmentation des prix et non de la quantité. L’incidence n’est pas seulement à ce niveau. Les impôts aussi se feront ressentir comme l’explique Issa Bambara. Les gérants payent automatiquement plus aux impôts. Malick Badini, rencontré à la Bourse du travail de Ouagadougou, estime que « c’est vraiment dommage, que l’Etat soit allé jusqu’au bout dans cette augmentation des prix, tant et si bien qu’on ne peut plus faire confiance à nos dirigeants. »

Pourtant, Lassané Ouédraogo, inspecteur de l’enseignement du premier degré fait comprendre que « ce sont des mesures du genre qui peuvent hypothéquer la paix ». Il a poursuivi en ces termes : « les gens se cherchent, vous compliquez la situation en augmentant le prix de l’essence. » Même son de cloche chez Malick Badini qui a confié ceci : « On dit qu’on veut la paix et pendant ce temps, on affame et on appauvrit le peuple. »

Que faire ?

Consommateurs, gérants de stations et responsables de la SONABHY se plaignent. Tous subissent le coût des hydrocarbures. Que faut-il faire ? Le syndicat des gérants de stations estiment avoir une marge de manœuvre très limitée face à l’augmentation des prix. Et Malik Badini estime que si la gestion des prix des hydrocarbures était non opaque, l’Etat aurait impliqué les structures syndicales, mais il n’en est rien. « Si c’était vraiment juste, ils devaient nous associer pour que nous puissions voir clair », a-t-il confié. Le syndicat des gérants ne souhaite qu’une seule chose, être associé à la fixation des marges. Si certains prétendent que la SONABHY fait des pertes dans la gestion des hydrocarbures au Burkina, les responsables syndicaux pensent le contraire. Pour eux, la SONABHY ne fait peut-être pas les bénéfices que l’on attendait d’elle, mais faire des pertes, cela reste encore à vérifier. En somme, il y a beaucoup à revoir dans la structure des prix. SONABHY, marketeurs, gérants de stations et consommateurs doivent s’asseoir autour de la même table. La stratégie du dialogue et de la communication sur les prix des hydrocarbures au Burkina Faso doit s’instaurer, tous y gagneront à la fin.

Aimé NABALOUM et Ambèternifa Crépin SOMDA



Source : Le Pays

Lien Permanent pour cet article : http://www.burkina-faso.biz/voir/augmentation-des-prix-des-hydrocarbures-des-consommateurs-entre-surprise-et-reprobation/

Laisser un commentaire

Extension Factory Builder